Charles Leclerc, un surdoué au destin contrarié

D’ordinaire paisible écrin verdoyant de Lombardie, l’Autodromo Nazionale di Monza est devenu, le temps d’un week-end – et comme tous les ans en plus de 72 éditions –, le fief des « tifosis ». Ces supporteurs inconditionnels de l’écurie Ferrari, parés du rouge emblématique de la Scuderia de la tête aux pieds, vont pouvoir admirer, les 2 et 3 septembre, en marge du Grand Prix de formule 1 d’Italie, plusieurs monoplaces historiques. Mais ils ne s’y tromperont pas : aucune fan-zone, aussi mythique soit-elle, ne saurait combler le vide laissé par l’attente de résultats sportifs.

A la 4e place du classement des constructeurs 2023, avec seulement trois podiums en treize courses et deux pilotes hors du coup au général (Carlos Sainz Jr 5e, Charles Leclerc 6e), l’écurie au cheval cabré figurera difficilement aux avant-postes de « son » Grand Prix. Il est certes difficile de rivaliser à la régulière avec l’indéfectible Max Verstappen (Red Bull), en piste pour acquérir une dixième victoire de rang, dimanche – plus que tout autre pilote avant lui –, mais l’écurie italienne n’est pas au niveau attendu.

Après un week-end cauchemardesque au Grand Prix des Pays-Bas, Charles Leclerc espère ainsi renouer avec le succès à Monza, siège de son sacre sous les couleurs de Ferrari, en 2019. Le vice-champion du monde 2022 pointe désormais à la 6e place du classement des pilotes (99 points). « Je pense que nous devrions être un peu plus compétitifs ici, nuançait le Monégasque avant le Grand Prix. Quant à savoir si ce sera suffisant pour nous battre pour un podium, je suis incapable de vous le dire à ce stade : reposez-moi la question dimanche après la course ! »

Distancé dans sa rivalité avec Verstappen

Le Monégasque ne peut que mesurer le gouffre qui le sépare désormais de « Mad Max », lui qui fut pourtant son rival et son égal depuis leur plus jeune âge. Nés en 1997, avec dix-sept jours d’écart, les deux pilotes se sont affrontés encore enfants sur les circuits de karting avant d’étendre leur rivalité en formule 1, parfois avec rugosité. En 2013 déjà, Charles Leclerc devient vice-champion du monde de kart à Varennes-sur-Allier, devancé par un certain… Max Verstappen.

S’affirmant au fil de leur progression comme les pilotes les plus talentueux de leur génération, les deux jeunes hommes ont également brillé par leur précocité. Charles Leclerc est devenu à 21 ans, 10 mois et 16 jours, le troisième pilote le plus jeune à s’imposer en formule 1, après Max Verstappen (18 ans et 7 mois en 2016) et Sebastian Vettel (21 ans et 2 mois en 2008). Ils sont depuis devenus les protagonistes de duels d’anthologie, à l’image du Grand Prix de Grande-Bretagne 2019, ou de celui de Djedda (Arabie saoudite), en 2022. Mais très vite, Red Bull et Max Verstappen se sont élevés un cran au-dessus, s’adjugeant les titres de champion du monde en 2021 et 2022.

Dans le même temps, Charles Leclerc a dû composer avec des voitures mal nées, des stratégies hésitantes, voire bancales, mais aussi des problèmes de fiabilité et des fautes personnelles… Résultat : alors qu’elle ambitionnait de rivaliser avec Red Bull, la Scuderia Ferrari n’est pas au niveau.

Après quelques saisons difficiles, le Monégasque serait-il tenté d’aller voir ailleurs ? « J’ai toujours aimé Ferrari et j’aimerais rester. J’ai toujours dit très clairement que mon objectif était d’essayer d’être champion du monde, mais d’abord avec Ferrari », a réagi l’intéressé dans un entretien accordé à la BBC.

« Charles semble avoir mieux digéré la situation »

Pour fournir une monoplace plus compétitive à ses pilotes, le cheval cabré a d’ailleurs annoncé travailler à la réalisation d’une voiture « très différente » pour la saison 2024, se lançant dans une importante vague de recrutements. L’objectif à court terme est de redevenir la deuxième force du plateau en deuxième partie de saison. Ferrari aura toutefois face à lui la concurrence des McLaren, Mercedes et Aston Martin.

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Plus question, en revanche, de combler l’écart avec Red Bull, tant l’équipe du Néerlandais joue hors catégorie (14 victoires en 14 courses). Reste que la Scuderia ne pourra pas tout révolutionner d’ici à 2024, question de règlement, de plafond budgétaire et de disponibilité des meilleurs techniciens.

Dans une interview à La Gazzetta dello Sport, le patron de Ferrari, Frédéric Vasseur, faisait endosser à ses pilotes une part de responsabilité dans les résultats décevants de Ferrari : « On peut toujours faire mieux, en tant qu’équipe et en tant que pilote. Charles Leclerc ne s’attendait pas à une saison comme celle-ci et, au début, il a poussé plus qu’il n’aurait dû. Maintenant, il semble avoir mieux digéré la situation. »

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Plus encore, le Monégasque, moins compétitif ce début de saison, est devancé de trois points au classement des pilotes par son coéquipier Carlos Sainz Jr : « Charles Leclerc est impulsif. Si quelque chose ne va pas, il ne se retient pas. Cependant, pour son bien et celui de l’équipe, il vaut parfois mieux se calmer avant de parler, relevait Frédéric Vasseur. Charles est toujours très rapide, mais cette année, si vous regardez les qualifications, Carlos était plus à son niveau que par le passé. »

Faute de victoires sur lesquelles capitaliser en formule 1, la Scuderia a évoqué sa bonne fortune en endurance. Pour le Grand Prix d’Italie, l’écurie a changé sa livrée pour rendre hommage aux 24 Heures du Mans, en y ajoutant des touches de jaune. Une référence à la 499P de James Calado, d’Antonio Giovinazzi et Alessandro Pier Guidi, victorieuse en juin dans la Sarthe. Ferrari va également équiper ses pilotes de casques et de combinaisons « rétro ». Une façon de se rappeler les grandes heures de l’écurie en attente des jours meilleurs. Il faudra au moins ça pour redonner des « couleurs » à une monoplace qui n’a remporté aucune victoire cette saison.

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