le lanceur d’alerte Rui Pinto condamné à quatre ans de prison avec sursis

Le Portugais Rui Pinto, auteur des révélations des « Football Leaks » sur les dessous du foot-business, a été condamné lundi 11 septembrepar le tribunal de Lisbonne. Près de 90 charges avaient été retenues contre le trentenaire, dont les chefs de « piratage informatique », « tentative d’extorsion », « violation de correspondance », « vol de données ».

A la fois prévenu et témoin protégé de la justice de son pays, Rui Pinto revendique un rôle de lanceur d’alerte, reconnaissant tout de même devant ses juges avoir commis des intrusions informatiques illégales pour obtenir des millions de documents, qu’il a commencé à publier directement sur Internet fin 2015.

Transmise à un consortium de médias d’investigation européens, cette manne d’information a mis en lumière des pratiques douteuses impliquant joueurs vedettes, clubs et agents, qui ont ensuite fait l’objet de redressements fiscaux et d’enquêtes judiciaires dans plusieurs pays.

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De la publication des salaires de Messi ou Neymar à une accusation de viol contre Cristiano Ronaldo, entretemps classée sans suite, en passant par les stratégies de contournement du fair-play financier de Manchester City ou le fichage ethnique au Paris Saint-Germain, la planète foot a été profondément secouée par cette gigantesque fuite d’informations. « J’ai été indigné par ce que j’ai découvert et j’ai décidé de le rendre public », a déclaré Rui Pinto à l’ouverture de son procès, en septembre 2020, en ajoutant que les « Football Leaks » étaient « un motif de fierté et pas de honte ».

Coopération avec les autorités

Outre 89 faits de piratage informatique, le Portuguais était également jugé pour tentative d’extorsion. Selon l’accusation, il aurait voulu faire chanter le patron du fonds d’investissement Doyen Sports, son compatriote Nelio Lucas, en lui réclamant entre 500 000 et un million d’euros pour cesser de publier des documents compromettants. C’est une plainte de ce fonds d’investissement basé à Malte et contrôlé par une fratrie d’oligarques kazakho-turcs qui a mis la police portugaise sur la piste du « hackeur » autodidacte, originaire de la région de Porto.

Arrêté en janvier 2019 en Hongrie, où il vivait, puis extradé dans son pays, Rui Pinto a passé plus d’un an en détention provisoire avant d’accepter de coopérer avec les autorités dans d’autres affaires, en leur permettant d’accéder aux données cryptées qu’il avait en sa possession. A la fin de son procès, il a admis avoir obtenu des informations confidentielles de façon « illégitime » avec « un groupe d’amis » qu’il a refusé d’identifier.

Les autorités françaises ont également sollicité la collaboration du Portugais, qui est aussi à l’origine des « Luanda Leaks », une enquête publiée en janvier 2020 accusant la femme d’affaires angolaise Isabel dos Santos d’avoir accumulé une immense fortune de manière frauduleuse.

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La loi portugaise ne lui permet pas de bénéficier d’un statut de lanceur d’alerte, mais ses avocats espéraient que les juges tiendraient compte de l’intérêt public de ses révélations au moment de rendre leur jugement. Motif du dernier report de la date du jugement, prévu initialement en avril dernier, le trentenaire espérait bénéficier d’une amnistie accordée par le gouvernement portugais à l’occasion de la visite du pape François, début août, aux Journées mondiales de la jeunesse de Lisbonne.

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La décision de lundi ne met pas fin aux démêlés de Rui Pinto avec la justice portugaise, le parquet ayant récemment dressé un nouvel acte d’accusation lui imputant 377 nouveaux crimes informatiques qu’il aurait commis entre 2016 et 2019 contre quelque 70 personnes, entreprises ou institutions.

Le Monde avec AFP

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