le projet de ville aux champs de Sir Michael Moritz »

Chez les milliardaires, une utopie en chasse une autre. Après les îles sécessionnistes du libertarien Peter Thiel, un paradis (fiscal) flottant jamais sorti des eaux, voici le projet de ville aux champs de l’investisseur Michael Moritz, 69 ans, l’homme du moment dans la Silicon Valley. Originaire du Pays de Galles, Sir Michael Moritz – il a été anobli par la reine d’Angleterre en 2013 – a été pendant près de quarante ans l’une des têtes d’affiche de Sequoia, la firme d’investissement au portefeuille évalué à 53 milliards de dollars (49,67 milliards d’euros). Ancien journaliste, il a publié en 1984 la première histoire d’Apple (Le Jeu de la pomme. La grande aventure d’Apple Computer, Denoël, 1987). Les projets fous ne lui sont pas étrangers.

En 2017, le milliardaire a eu la vision d’une nouvelle ville, au nord-est de San Francisco. Une autre possibilité pour les suburbs ; une cité construite non pas pour la voiture mais pour la convivialité et le piéton. A l’époque, la capitale des nouvelles technologies était à son apogée mais les premiers signes du désamour apparaissaient. L’opinion grondait contre les « Google Bus », ces navettes privées qui conduisaient les programmeurs au bureau au détriment des transports publics. Aujourd’hui, les employés rechignent à retourner dans leurs open spaces plus de deux fois par semaine, malgré les bars à sushis et les séances de yoga vinyasa. Le trajet les barbe, la circulation les stresse, même en Tesla.

Michael Moritz et ses amis ont repéré un décor idéal, dans l’est du comté de Solano, à 140 kilomètres de la Silicon Valley. Les « techies » seraient au calme, entre vaches, moutons, orge et blé, au bord du delta de la rivière Sacramento, un havre pour les oiseaux migrateurs. La région est surtout agricole. Il suffisait d’acheter les terrains. Réunis sous le nom de Flannery Associates, les investisseurs ont acquis les lopins, l’un après l’autre, à un prix bien supérieur à celui du marché, auprès d’exploitants tenus à la confidentialité. Les agriculteurs qui refusent de vendre font face à des poursuites de la part de Flannery Associates, pour entente illégale à seule fin de faire monter les prix.

Tout accessible à pied

Début août, le groupe a tombé le masque et exposé publiquement le projet. Parmi eux, outre Michael Moritz, se trouvent quelques grands noms des technologies : le fondateur de LinkedIn, Reid Hoffman, le capital-risqueur John Doerr, les fondateurs de Stripe, Patrick et John Collison, la veuve de Steve Jobs, Laurene Powell Jobs, et l’incontournable investisseur Marc Andreessen. En cinq ans, les associés ont acquis 22 000 hectares pour un coût de 800 millions de dollars. Leur but : faciliter l’accession à la propriété dans un Etat où les prix de l’immobilier mettent à mal le rêve américain.

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