Les Canadiens pris à la gorge par les taux d’intérêt élevés

Un répit. Après avoir relevé à dix reprises son taux directeur, le portant de 0,25 % en mars 2022 à 5 % en juillet dernier, la Banque du Canada a annoncé, mercredi 6 septembre, sa décision de laisser ce taux inchangé, à son plus haut niveau, néanmoins, depuis vingt-deux ans. La banque centrale canadienne reconnaît que l’économie du pays n’est plus en surchauffe, même si l’inflation à 3,3 % sur un an mesurée en juillet est toujours au-dessus de sa cible des 2 %.

Cette pause a provoqué chez les emprunteurs canadiens un bref soupir de soulagement ; car depuis dix-huit mois, les taux d’intérêt pratiqués auprès des entreprises et des particuliers ont suivi l’envolée de ce taux directeur.

Le choc a été d’autant plus rude que 35 % des acheteurs de biens immobiliers au Canada contractent des prêts à taux variable. Un pari longtemps gagnant quand ceux-ci étaient toujours en deçà des taux fixes négociables, mais qui, aujourd’hui, se révèle hasardeux voire dangereux pour leurs finances personnelles. Par ailleurs, singularité canadienne par rapport à la France, par exemple, ceux qui choisissent d’emprunter à taux fixe se voient dans l’obligation de renégocier leur taux tous les cinq ans, quelle que soit la durée de leur emprunt.

Pression sur la classe moyenne

« En moins de deux ans, avec un taux passé de 2 % à près de 6 %, nos mensualités ont plus que doublé, pour frôler désormais les 2 500 dollars par mois [1 700 euros] », témoigne Caroline Berthiaume, une productrice audiovisuelle indépendante, qui a contracté, avec son conjoint, en 2021, un emprunt équivalant à 250 000 euros pour l’achat d’un logement à Sherbrooke (Québec) destiné à leur fille, partie pour de longues années d’études. « Nous ne faisons plus que rembourser les intérêts, sans nous attaquer au capital. Ça nous brise le cœur, mais si la hausse des taux devait se poursuivre [ce que la Banque du Canada n’a pas exclu le 6 septembre], nous devrons nous résoudre à nous séparer de cet appartement. »

Pour faire face aux échéances, cette Montréalaise explique qu’elle a la chance, pour l’instant, de pouvoir « se serrer la ceinture » en faisant une croix sur ses loisirs, « mais, pour les familles aux revenus plus modestes, ou celles qui aimeraient avoir accès à la propriété », la période est « dramatique », convient-elle.

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En Colombie-Britannique et en Ontario, deux provinces canadiennes où les prix immobiliers sont au plus haut, notamment dans les villes de Vancouver et de Toronto, des ménages, pris à la gorge, allongent leur durée d’emprunt jusqu’à quatre-vingt-dix ans et plus, pour garder leur bien. La pression exercée sur la classe moyenne est devenue tellement préoccupante qu’elle a poussé, de façon exceptionnelle, les autorités politiques de ces provinces à tenter d’infléchir la politique monétaire de la banque centrale, dont l’indépendance est pourtant garantie par la loi.

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