Les femmes renvoyées au vestiaire lors de la Coupe du monde de rugby des parlementaires

Alors que le monde entier a les yeux braqués sur la Coupe du monde de rugby organisée en France, une autre compétition, plus confidentielle, s’est récemment jouée autour du ballon ovale. Du 31 août au 7 septembre avait lieu à Toulouse, Sarlat (Dordogne) et Paris, la Coupe du monde de rugby des parlementaires.

Huit équipes (l’Afrique du Sud, l’Argentine, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Irlande, le Royaume-Uni, le Parlement européen et la France) se sont retrouvées à l’occasion de ce tournoi créé en 1995 et joué pour la première fois en Afrique du Sud sous l’égide de Nelson Mandela. Ici, les joueurs ne sont pas professionnels, mais parlementaires, anciens parlementaires, collaborateurs ou agents des parlements.

La plupart des formations sont mixtes depuis la dernière édition, qui s’est tenue au Japon en 2019, et trois femmes font partie de l’équipe de France, le XV parlementaire. « Nous sommes heureuses de jouer avec nos collègues hommes, ce sont des guerriers sur le terrain, mais de vrais gentlemen en dehors ; c’est l’esprit de corps et de coopération qui nous rassemble dans cette équipe de rugby, pas celui de compétition », explique Véronique Riotton, députée Renaissance.

Une vision conservatrice du ballon ovale

Malheureusement, cette bonne ambiance aux valeurs humanistes et sportives a été refroidie lors de cette édition : les délégations du Royaume-Uni et d’Afrique du Sud ont fait savoir plusieurs semaines avant le coup ­d’envoi du tournoi qu’elles refusaient de jouer contre des équipes mixtes.

Une fin de non-recevoir que le président du XV parlementaire, Jean-François Portarrieu, a accueilli de façon circonspecte. Pour le député Horizons de Haute-Garonne, qui porte dans son ADN les valeurs du rugby, qu’il pratique depuis l’enfance, les Anglo-Saxons se sont cachés derrière un motif administratif pour imposer une conception conservatrice de ce sport.

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L’équipe d’Afrique du Sud, puis celle d’Angleterre ont avancé l’interdiction faite par les fédérations de rugby d’assurer les joueurs lors de matchs pratiquant le plaquage au plexus si des femmes y participent. Elles n’ont le droit de prendre part qu’à des rencontres dites de rugby loisir, où l’on plaque à la taille. « Leurs arguments sont valables, mais ils ont refusé par principe toute modification du règlement. Notre vision du rugby parlementaire est inclusive, eux, ils sont là pour la gagne », déplore Jean-François Portarrieu.

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Vice-présidente du XV parlementaire et députée Renaissance, Annaïg Le Meur a pris la parole avant le match opposant l’équipe de France aux Sud-Africains : « Nous avons voulu, avec Véronique Riotton, exprimer notre mécontentement et notre vision du sport, et défendre toutes les femmes de la compétition. Ce refus des Sud-Africains et des Anglais a carrément jeté un froid sur l’ensemble de l’événement, qui est autant sportif que diplomatique, raconte l’élue, qui est aussi la kiné de l’équipe. Ils ont détourné le jeu : notre but n’est pas de gagner mais de partager un temps avec les autres nations amoureuses du rugby. »

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