suspension du parti du président nouvellement élu, qui dénonce une décision « illégale »

L’élection présidentielle au Guatemala connaît un nouveau soubresaut. Le Tribunal suprême électoral (TSE) a suspendu provisoirement, lundi 28 août, à la demande d’un juge, le parti Semilla du président élu Bernardo Arevalo, qui doit prendre ses fonctions le 14 janvier après que l’instance a également officialisé, dans la même journée, la victoire du social-démocrate.

L’ordre du juge est « absolument illégal », a lancé en conférence de presse le nouveau chef d’Etat, ajoutant que la résolution du TSE ne faisait que « respecter » cet ordre. « Il y a un processus de persécution politique, faisant usage des instruments de la justice et des institutions judiciaires de manière illégale contre le Mouvement Semilla et notre candidature », a estimé M. Arevalo.

Après le premier tour de la présidentielle le 25 juin, le juge Fredy Orellana avait ordonné, sur demande du procureur Rafael Curruchiche, au TSE de suspendre Semilla et d’enquêter sur des anomalies présumées concernant l’enregistrement de membres lors de sa formation en 2017. Les Etats-Unis considèrent MM. Orellana et Curruchiche comme « corrompus ».

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Le TSE n’avait pas suivi l’ordre du juge au motif qu’il est impossible de suspendre un parti en plein processus électoral. La Cour constitutionnelle du Guatemala avait alors garanti la tenue du second tour à la date prévue entre les deux candidats qualifiés, M. Arevalo et Sandra Torres.

« Dernières estocades du système corrompu »

Le 20 août, Bernardo Arevalo est sorti largement vainqueur avec plus de 60 % des suffrages, s’offrant un mandat de quatre ans. Son adversaire a dénoncé une supposée « fraude » durant l’élection. Lundi, le directeur du registre des citoyens, Ramiro Muñoz, a respecté l’ordre du juge Orellana en justifiant du fait que le processus électoral était terminé.

Selon des avocats, la suspension de Semilla n’a pas de conséquence sur l’entrée en fonction de M. Arevalo. En revanche, elle peut affecter les membres du parti au Congrès et les empêcher par exemple de présider des commissions parlementaires.

« Au Guatemala, nous assistons aux dernières estocades du système corrompu qui a coopté pendant des décennies les institutions publiques et fait aujourd’hui usage du système judiciaire de manière illégale contre Semilla », a dit, à l’Agence France-Presse, Nino Matute, conseillère municipale du parti dans la capitale. « Ils poussent à la limite la résistance des citoyens, ce qui pourrait facilement dériver vers une explosion sociale que nous ne voulons pas au Guatemala », a-t-elle estimé.

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Manifestations contre la procureure générale

Les poursuites contre Semilla, impulsées par le parquet de la procureure générale Consuelo Porras, elle aussi considérée par Washington comme « corrompue », a provoqué plusieurs manifestations pour réclamer sa démission.

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Lundi, la Cour constitutionnelle a rejeté une demande de Mme Porras qui visait à faire arrêter les protestations et la publication sur les réseaux sociaux des messages demandant sa démission. Selon la procureure générale, il s’agissait d’actes « d’obstruction à la justice » limitant « l’exercice des poursuites pénales ».

« Nous les Guatémaltèques méritons un meilleur pays et de célébrer tous ensemble ce nouveau printemps qui, aujourd’hui et par décision populaire, est représenté par Bernardo Arevalo et Karin Herrera, président et vice-présidente » confirmés par le TSE, a mis en avant Mme Matute.

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Le Monde avec AFP

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